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BIG BANG N°28 FRANCE
TEMPANO «Atabal Yemal» 1979
Vén . Muséa .67: 03
Certains albums sont si enthousaismants qu?il devient difficile, pour le chroniqueur, de conserver toute la distance nécessaire à une analyse un tant soit peu impartiale. Et bien tant pis, on me pardonnera pour cette fois de ne pas prendre de gants, car voici un authentique joyau, qui réclame sans réserve la plus tapageuse des publicités!
En poursuivant sa méticuleuse exploration des greniers du prog, Muséa a cette fois tapé dans le mille. Mais où ont-il donc déniché cette perle inattendue? Pas sous nos latitudes en tout cas , car Atabal Yemal nous vient tout droit du Vénézuela, et possède la saveur parfumée d'un fruit mûri au soleil de l'Equateur. Sans doute la matrice originelle a-t'elle disparu , puisque cet enrregistrement a été réalisé à partir d'un Vinyl, avec du reste une brillante restitution sonore. Quelques petits craquements inévitables feront peut-être grincer les dents des puristes, alors même qu'ils confèrent à la musique le lustre d'un bijou ancien. Car, ne nous y trompons pas, après vingt-cinq ans passés dans l'oubli , cette musique là frétille encore de vie. A tel point que le groupe s'est récemment reformé, le temps de mettre en boîte trois morceaux conséquents qui n'avaient pu être intégrés à l'époque, et offerts ici en bonus.
Trois pièces magistrales, dont deux atteignent les dix minutes, qui témoigenent d'un art hautement accompli, et que seule la totale pureté de son sépare des enregistrements d'origine.
Tempano est à l'évidence un talentueux rejeton de l'école sud-américaine. Il nous propose une musique sensuelle tour à tour tendre ou exhubérente, qu'il est bien difficile de décrire autrement qu'en termes d'émotions. Reconnaisons lui tout de même des qualités objectives, qui frappent dès la première écoute: des mélodies lumineuses et luxuriantes, des envolées instrumentales intenses, servies par une interprétation sans faille. Le brio des musiciens est tel que l'on se demande bien qui féliciter en premier, de Giuglio C. Della Noce, pour ses délicates parties de claviers, ou de Pedro Castillo , qui nous gratifie à la guitare de nombreux solos ravageurs et étourdissants. Essentiellement instrumentales, les neufs compositions d'Atabal -Yemal (de 3 : 09 à 11 : 09 mn) sont parsemées d'habiles petites touches jazzy, et se parent d'accords aux chaudes sonorités latines. Les claviers, aux sons splendides bien qu?un peu désuets, tapissent les morceaux de nappes amples et envoloppantes, sur
lesquelles s'ent relacent des harmonies opulentes (on retiendra notamment les magnifiques «Las Olas» et «Un Nuevo Encuentro». Cette maîtrise artistique se double d'une inventivité débridée, qui transforme parfois la musique, en particulier sur le morceau 'titre, en un surprenant catalogue de trouvailles originales. Trois pièces chantées en espagnol permettent au groupe de développer des thèmes suaves, où le sortilège musical s'empare de l'auditeur avec une plus subtile discrétion. Ainsi, sur « Anhelos» et « Presencias y Ausencias», les arpèges de guitare tressent des accompagnements délicats, qui confèrent à ces chansons un charme à la fois fragile et raffiné. A l'aise dans tous les registres, Tempano nous offre donc une oeuvre contrastée, aux climats sans cesse renouvelés.
Le résultat est si convaincant que l'on en vient à regréter que cet album soit resté sans suite. Sans doute Tempano est-il arrivé trop tard, car il aurait fort bien pu s'imposer, dans un contexte plus propice, comme une figure importante du mouvement progressif. Il était donc temps que cette réédition lui rende enfin justice auprès d'un public rajeuni, qui devrait y trouver largement matière à se délecter.
Olivier Cruchaudaet
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